Microbiote et comportement humain : un lien ?

Une symbiose fondamentale… pour le cerveau humain

L’intestin humain renferme un écosystème microbien dynamique et complexe, constitué chez l’adulte d’environ 1 kg de bactéries, soit approximativement le poids du cerveau humain.

Nous vivons en effet une relation symbiotique avec les microbes intestinaux : nous leur fournissons le gîte et le couvert, tandis qu’ils nous aident de multiples façons, notamment en digérant des résidus alimentaires complexes, en synthétisant des vitamines et en inhibant nombres de pathogènes. Mais ce que nous avons découvert assez récemment, c’est qu’ils sont aussi indispensables au développement optimal de notre cerveau et à son bon fonctionnement. Mieux même, de plus en plus d’études suggèrent qu’ils sont capables de modifier notre comportement.

On sait que le stress chronique et qu’un état émotionnel altéré, telle qu’une dépression, peuvent changer la composition du microbiote intestinal, mais il est aujourd’hui de plus en plus évident que l’interaction entre le microbiote et le cerveau est bien bidirectionnelle.

Les études menées sur des modèles animaux (principalement rats et souris) montrent que l’altération de la composition et de la fonctionnalité des différentes espèces de la flore intestinale sont associées à des désordres neuropsychiatriques.

Par exemple, chez des rongeurs élevés en l’absence totale de bactéries (intestin aseptisé de naissance), on observe un comportement social altéré, évoquant fortement des signes autistiques.

En effet, en l’absence de microbes, la neurochimie dans le cerveau est profondément modifiée. Nous sommes fondamentalement dépendants d’une myriade de composés neuro-actifs produits par ces microbes. Sérotonine, cortisol, adrénaline, cytokines pro et anti-inflammatoires sont autant de molécules dont la libération ou le métabolisme sont directement influencés par les microbes qui tapissent notre intestin.

Le régime alimentaire, les médicaments, les maladies, l’activité physique, le stress… sont autant de facteurs capables d’influencer la composition du microbiote. Or, cette altération peut mener à une augmentation de la perméabilité intestinale et altérer ainsi les fonctions de barrière de cette muqueuse. Des composés et des métabolites neuro-actifs peuvent alors avoir accès à des régions du système nerveux qui régulent les réponses cognitives et émotionnelles.

Figure microbiote et cerveau

Légende figure : les facteurs qui modifient la composition du microbiote intestinal peuvent affecter le fonctionnement du cerveau. Les traitements antibiotiques et probiotiques ciblent directement le microbiote (adaptée de Mu et al. 2016).

Un microbiote déséquilibré peut profondément déréguler les réponses inflammatoires de l’intestin et de l’organisme et ainsi impacter les fonctions neuropsychologiques. Certaines bactéries peuvent produire des molécules capables de modifier l’expression des gènes et l’inflammation dans le système nerveux central (cerveau et moelle épinière).

Certains chercheurs vont même plus loin et s’interrogent aujourd’hui sur le rôle de nos hôtes dans le développement des interactions sociales complexes au cours de l’évolution. Des études récentes indiquent que ces microbes impactent de façon majeure sur le fonctionnement cognitif et nos schémas comportementaux fondamentaux, tels que les interactions sociales et notre capacité à gérer un stress chronique délétère.

Aujourd’hui, l’idée d’un axe microbiote-intestin-cerveau est donc bien avérée, et un microbiote intestinal sain et diversifié joue un rôle fondamental pour la santé de notre cerveau et notre fonctionnement cognitif et émotionnel normal.

 Vers des thérapies ciblées ?

D’avantages d’études sur l’homme sont maintenant nécessaires, car on ne peut transposer facilement les résultats obtenus sur les modèles animaux aux comportements humains. Elles permettront notamment une meilleure compréhension des désordres du fonctionnement cognitif et des interactions sociales, tel que l’autisme.

A plus ou moins long terme, on peut imaginer le développement de nouvelles thérapies ciblées pour les désordres d’ordre neurologique.

Ce qui vient donc finalement confirmer l’approche très naturopathique, où pour soigner le cerveau, on soigne d’abord l’intestin !

Sources :

Dinan T.G., et al. 2015. Collective unconscious: how gut microbes shape human behavior. Journal of Psychiatric Research. 63:1-9.

Mu C., et al. 2016. Gut microbiota: the brain peacekeeper. Frontiers in Microbiology. Vol. 7, Article 345.

Yarandi S., et al. 2016. Modulatory effects of gut microbiota on the central nervous system: how gut could play a role in neuropsychiatric health and diseases. Journal of Neurogastroenterology and Motility. 22:201-2012.

Un commentaire


  1. Bonjour, Vous pouvez lire dans le livre de Georges Monnier, La santé par lhygiène intestinale aux éditions JOUVENCE :  » En 1933, le professeur Baruk décrit pour la première fois la psychose colibacillaire et reproduit expérimentalement la catatonie par injection de toxines colibacillaires extraites du gros intestin. Poursuivant sa recherche, il met en évidence le rôle de l’intoxication toxinique colibacillaire du système nerveux dans la genèse de nombreuses affections psychiatriques, psychotiques, et notamment dans certains états dépressifs mélancoliques revêtant quelquefois la forme d’obsessions, et dans des cas de psychasthénie qui suivent des infections à colibacilles, ainsi que dans des formes délirantes oniriques ou confusionnelles, voire des délires imaginatifs lors de toxi-infections d ‘origine colibacillaire.

    Des guérisons importantes, quelquefois totales et définitives, d’affections psychiatriques sévères peuvent s’observer par le traitement de cette toxi-infection intestinale.
    Ainsi, le professeur Baruk démontre le rôle fondamental des facteurs toxiques d’origine intestinale dans la genèse des psychoses, en particulier de la schizophrénie. Ses travaux ont été plus récemment confirmés par ceux du célèbre homéopathe suisse, le Docteur Dominique Senn. Dans « La balance tropique », il démontre la responsabilité des toxines intestinales dans le développement de la schizophrénie (voir l’expérience avec l’araignée qui dévore un moustique à qui on aura fait ingérer une goutte de sang d’un patient schizophrène). La nouvelle toile tissée par l’araignée est alors totalement désorganisée et déstructurée.  »
    J’ai lu ce livre il y a douze ans lorsque j’ai commencé à travailler comme praticienne en hydrothérapie du colon, après une formation au Canada avec Jean-Claude Rodet. Dans ma pratique et mes nombreuses recherches m’ont effectivement confirmé le lien évident entre les intestins et le cerveau, l’intelligence, l’état émotionnel, la relation au monde…
    Merci pour cet article.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.