Le stress oxydatif… ou quand on rouille de l’intérieur !

La théorie des radicaux libres ne date pas d’hier, puisque c’est le Dr Harman, en 1954, qui le premier propose pour origine de la maladie et du vieillissement les blessures incessantes que les cellules subissent sous le coup de fragments de molécules appelés radicaux libres. Blessures que les cellules subissent lorsqu’elles ne sont pas protégées par des niveaux suffisants d’antioxydants.
Sa théorie, révolutionnaire et largement raillée à l’époque, fut définitivement validée dans les années 60.
Or, toujours selon Harman, ces lésions moléculaires infligent ensuite des dommages collatéraux aux molécules voisines et finalement aux tissus et organes concernés, aboutissant à une cascade de réactions de dégradation se manifestant finalement sous une forme de maladie dégénérative…
Depuis, plus de 80 maladies dégénératives ont été liées aux conséquences du stress oxydatif. Ces maladies ne sont donc pas des entités séparées mais simplement différentes formes d’expression d’un processus catabolique influencé par la génétique, l’environnement et le style de vie. Autrement dit, la maladie qui vous frappe dépend autant de votre style de vie et de vos choix alimentaires que de vos prédispositions génétiques.

Mais revenons un petit plus en détail sur ce stress oxydatif, ce qu’il est, d’où il vient et ses conséquences…

En chimie, les radicaux libres sont des atomes ou des molécules ayant des électrons non appareillés. Pour faire simple, ces électrons rendent cette molécule hautement réactive chimiquement. Les radicaux libres sont donc des acteurs agressifs dans les réactions chimiques cellulaires, réagissant avec d’autres molécules dès leur création. Ces radicaux libres, malgré leur existence fugace, peuvent donc infliger des dommages considérables à la cellule.

Ainsi, quand un radical libre interagit avec une molécule de lipide (gras) dans la membrane cellulaire, celle-ci s’oxyde (c’est une forme d’autocatalyse, c’est-à-dire d’autodestruction) puis interagit et endommage les molécules voisines. Le processus se répète en cascade à moins qu’il ne soit étouffé par un antioxydant actif dans la membrane. Or, cette oxydation est très préjudiciable pour la cellule puisqu’elle gêne considérablement la perméabilité sélective de la membrane, c’est-à-dire sa capacité à contrôler ses échanges avec l’extérieur.

L’oxygène, ami et ennemi

Le paradoxe essentiel de la vie est que l’oxygène, le donneur de vie, est aussi notre ennemi mortel. Lors de la respiration cellulaire, un flot constant d’énergie circule à travers toute la cellule en un transfert intriqué d’électrons d’une molécule à l’autre. Dit simplement, la respiration n’est rien de plus d’une oxydation ou combustion contrôlés, comme la combustion du bois ou la rouille du fer. Ce sont des protéines spéciales, appelées enzymes, qui en contrôlent chaque étape. Malheureusement, lors de la respiration cellulaire, 2 à 5 % des électrons réussissent à s’échapper, réagissent avec l’oxygène ambiant et génèrent des radicaux libres toxiques, appelés ROS (reactive oxygen species).

L’oxygène n’est pas la seule molécule formant des radicaux libres. Il y a aussi bon nombre de molécules azotées réactives endogènes  (c’est-à-dire fabriquées par la cellule elle-même), mais aussi plusieurs polluants de l’atmosphère et de l’eau, absorbés dans notre corps à partir de nos aliments (hydrocarbures chlorés, pesticides, fumée de cigarette, certains métaux comme le mercure, le plomb ou l’arsenic).

En tant normal, la cellule neutralise ces radicaux libres via des antioxydants endogènes ou alimentaires qui donnent des électrons et stabilisent ainsi les radicaux libres. Ce faisant, l’antioxydant sera lui-même oxydé et devra être régénéré. Mais si la réserve d’antioxydants de la cellule est épuisée suite à une demande physiologique ou d’une carence alimentaire chronique, le flux continuel de radicaux libres épuisera la capacité cellulaire d’éteindre cette force destructrice.

 

Tout n’est pas négatif dans les radicaux libres !

Les radicaux libres sont importants dans nombre de processus biologiques. Ainsi, leur production est essentielle pour la réponse immunitaire. L’élimination des bactéries et autres pathogènes se fait notamment à l’aide d’une vague de ROS létale pour l’organisme envahisseur, radicaux libres produits par des globules blancs spécialisés.

Le secret, comme souvent, est donc dans l’équilibre. Il est donc essentiel que les cellules soient maintenues dans un état nutritionnel optimal. Une génération de radicaux libres non entravés, due à des réserves insuffisantes d’antioxydants ou à l’inflammation chronique des cellules et tissus du corps (je reviendrai dans un prochain article sur le lien entre stress oxydatif et inflammation…), est ce qui doit être évité.

Les antioxydants sont les gardiens du feu de la nature

Les dommages sont minimisés aussi longtemps que nous avons assez de réserves d’antioxydants dans nos cellules. Cette « guerre intérieure » fut décrite dès 1971 par le dr Passwater, qui le premier décrivit le rôle nutritionnel des antioxydants. Depuis lors, la recherche sur ces importants nutriments s’est largement développé et a mise en évidence les rôles des vitamines A, C et E, du bêta-carotène, du Coenzyme Q10, des sélénium et zinc, du l-glutathion, de l’acide alpha-lipoïque, des bioflavonoïdes… une armée de combattants de radicaux libres prêts à battre les dizaines de milliers d’attaques oxydatives qu’endure chaque jour toute cellule de notre corps.

Les antioxydants éteignent les radicaux libres très réactifs en déblayant l’électron non appareillé, les rendant ainsi inoffensifs. Mais ce faisant, l’antioxydant est lui-même altéré chimiquement et certains d’entre eux sont régénérés par la présence d’autres antioxydants.  D’autres sont convertis en composés entièrement différents ou excrétés hors du corps. Le corps produit certains antioxydants (coenzyme, glutathion…) alors que d’autres doivent être apportés par l’alimentation (vitamines A, C et E, composés sulfurés, des fruits et légumes).

Les antioxydants travaillent mieux ensemble, en synergie. Divers antioxydants ont besoin d’autres antioxydants pour effectuer les transfert approprié des électrons. Les antioxydants travaillent aussi en des endroits différents de la cellule…

Avec l’âge, nous perdons progressivement la capacité de produire ces importantes enzymes antioxydantes. Et une fois que les cellules ne peuvent plus synthétiser suffisamment d’enzymes actives pour corriger le stress oxydatif, les radicaux libres commencent à s’accumuler et des dommages oxydatifs, la genèse du vieillissement, s’ensuit. Le corps « rouille » de l’intérieur.

La détresse oxydative est le facteur principal causal du vieillissement et du développement de maladies chroniques. Récemment, des recherches intensives ont mises en exergue les interactions entre réponse inflammatoire et cette cascade oxydative dommageable… affaire à suivre !

Source : Nutrisearch, Lyle Lac William, 2008

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